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Au cours de la décennie 2010-2020, 310 770 échantillons de sol ont été prélevés pour satisfaire aux obligations prévues par les prestations écologiques requises, et leur teneur en phosphore, analysée. Les communes dont les surfaces de grandes cultures et de cultures fourragères présentent très souvent un excès de phosphore sont principalement situées sur le Plateau suisse, alors que les surfaces sous-approvisionnées se trouvent dans les Alpes, mais aussi dans le Jura.
 

Évolution des concentrations de phosphore dans les sols

Différentes méthodes permettent d’analyser le phosphore (P) directement assimilable par les plantes : on utilise la méthode CO2 pour les grandes cultures et les cultures fourragères et la méthode H2O10 dans les cultures spéciales. Les réserves de P sont analysées selon la méthode AAE10, quelle que soit la culture (Hirte et al., 2022). Sur la période 2017 à 2020, les concentrations de P dans les sols exploités pour les grandes cultures s’élevaient en moyenne à 1,8 mg kg−1 de P directement assimilable et à 66 mg kg−1 de réserves de P (illustration 1). Elles étaient donc bien supérieures aux seuils de concentrations de phosphore nécessaires pour obtenir des rendements suffisants (0,09 à 0,58 mg kg−1 de P directement assimilable et 0 à 36 mg kg−1 de réserves de P) (Hirte et al., 2021). Dans les grandes cultures, il n’y a pas de tendance claire qui se dégage des concentrations de P relevées au cours de la dernière décennie alors que pour les cultures fourragères, tant le P directement assimilable que les réserves de P ont diminué entre les deux périodes 2010-2012 et 2013-2016, avant de stagner (illustration 1).
 

Illustration 1 : concentrations de phosphore dans les sols exploités pour les grandes cultures ou les cultures fourragères, déterminées par les deux méthodes CO2 et AAE10 conformément à l’obligation de procéder à des analyses du sol prévue par les prestations écologiques requises.

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Les concentrations de réserves de P dans les cultures maraîchères, l’arboriculture et la viticulture étaient supérieures de 30 % en moyenne à celles des sols consacrés aux grandes cultures et aux cultures fourragères (illustration 2). Pour ces cultures, il n’y a pas eu de changements notables des concentrations de P entre les périodes 2010 à 2013, 2014 à 2016 et 2017 à 2020.
 

Illustration 2 : concentrations de phosphore dans les sols exploités pour la culture maraîchère, l’arboriculture et la viticulture, déterminées par les deux méthodes H2O10 et AAE10 conformément à l’obligation de procéder à des analyses du sol prévue par les prestations écologiques requises.

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Le niveau d’approvisionnement des sols en phosphore

Les « Principes de la fertilisation des cultures agricoles en Suisse » (Flisch et al., 2017) permettent de répartir les concentrations de P en cinq classes de fertilité : A (pauvre), B (médiocre), C (satisfaisant), D (riche) et E (très riche). Ces cinq classes révèlent des différences marquantes entre les groupes de cultures (illustration 3).

Pour ce qui est du P directement assimilable, 21 à 27 % des grandes cultures et des cultures fourragères figurent dans les classes de fertilité A et B (médiocre) sur la période 2017 à 2020 et 38 à 41 % dans les classes D et E (riche). Dans les cultures spéciales, la part des surfaces riches est même comprise entre 49 et 60 %.

S’agissant des quantités de réserves de phosphore, la part des surfaces riches dédiées aux grandes cultures et aux cultures fourragères est plus faible, puisque seules 33 et 26 % de ces dernières figurent respectivement dans les classes de fertilité D et E. Pour les cultures spéciales, entre 2017 et 2020, les surfaces consacrées à la viticulture, qui étaient à 37 % représentées dans les classes D et E, avaient la particularité d’avoir une fertilité riche, mais moins prononcée pour les réserves de phosphore que pour le phosphore immédiatement assimilable. En règle générale, il n’y a que pour les surfaces exploitées pour les cultures fourragères que l’on observe un recul des surfaces riches en réserves de phosphore sur les dix dernières années. Pour toutes les autres cultures, la part des surfaces riches grâce aux réserves de phosphore a peu varié.
 

Illustration 3 : part des surfaces affectées aux classes de fertilité A (pauvre) à E (enrichie) pour la fraction de phosphore facilement disponible (P-CO2 / P-H2O10) et la fraction des réserves de phosphore (P-AAE10) pour les périodes 2010 à 2012, 2013 à 2016 et 2017 à 2020 dans les grandes cultures, les cultures fourragères, l’arboriculture et la viticulture.

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Afin d’évaluer la part des surfaces répertoriées dans les différentes classes de fertilité à l’échelle des communes, la somme pondérée de ces parts par commune a été prise comme indicateur de fréquence de sous- ou sur-approvisionnement du sol en phosphore (Flisch & Zimmermann, 2018). Seules les communes présentant au moins 7 surfaces contrôlées par période ont été prises en compte dans l’évaluation pour réduire l’effet des petits échantillonnages.

Les communes disposant de surfaces de grandes cultures et de cultures fourragères riches se situent principalement sur le Plateau suisse, alors que les surfaces souffrant d’un déficit d’approvisionnement sont dans les Alpes et dans le Jura (illustrations 4).
 

Illustrations 4 : fréquence de sous- ou sur-approvisionnement des sols en P directement assimilable (en haut) et en réserves de phosphore (en bas) dans les grandes cultures et les cultures fourragères pour la période 2017 à 2020, à l’échelle des communes (n = nombre total de surfaces contrôlées prises en compte dans le graphique).

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Flisch, R., Neuweiler, R., Kuster, T., Oberholzer, H., Huguenin-Elie, O., Richner, W., 2017. 2/ Caractéristiques et analyses du sol. Principes de fertilisation des cultures agricoles en Suisse (PRIF 2017) (Éditeurs W. Richner & S. Sinaj). Recherche agronomique suisse 8, 1-2

Flisch, R., Zimmermann, M., 2018. Le phosphore dans l’environnement. Rapport agricole 2018. Office fédéral de l’agriculture OFAG, Berne.

Hirte, J., Richner, W., Orth, B., Liebisch, F., Flisch, R., 2021. Yield response to soil test phosphorus in Switzerland: Pedoclimatic drivers of critical concentrations for optimal crop yields using multilevel modelling. Science of The Total Environment 755, 143453.

Hirte, J., Liebisch, F., Heller, O., Weisskopf, P., Weyermann, I., Baumann, P., Keller, A., Bürge, D., 2022. Méthodes suisses de détermination des teneurs du sol en phosphore, potassium, magnésium et calcium assimilables par les plantes. Agroscope Science 129.

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